Gastro-entérite d'origine virale, la parvovirose est très contagieuse entre chiens et touche en premier lieu les chiots, chez lesquels elle peut être fatale. Il est important de bien la connaître afin de motiver une consultation dès les premiers signes chez le jeune, de promouvoir la vaccination et de suivre les mesures sanitaires quand un cas se présente à la clinique.


La parvovirose est apparue en France en 1979, sous la forme d'une épidémie brutale touchant une forte proportion de la population canine. Egalement appelée gastro-entérite virale contagieuse, elle est souvent désignée par le diminutif de "gastro". Cette maladie est due à un virus de la famille des parvovirus, proche de celui du typhus du chat (ou pan leucopénie infectieuse féline). Il s'agit d'un virus très résistant, capable de survivre jusqu'à huit mois dans le milieu extérieur! C'est pourquoi son mode de contamination sera à la fois direct - de chien infecté à chien sain - et indirect - par le sol ou les objets souillés. Comme le virus de Carré, il est sensible au soleil et sur vit plus longtemps à basse température; la maladie sera donc plus fréquente pendant la saison froide.

Les voies de transmission

Dans les conditions naturelles, le virus est disséminé massivement dans les selles diarrhéiques de l'animal infecté.Un animal sain se contamine principalement par voie oronasale, en avalant ou en inhalant le virus. Le fait de flairer systématiquement l'anus et les selles des congénères constitue donc, dans l'espèce canine, un facteur favorisant la transmission. Les lieux les plus favorables à la contamination seront ceux où la densité de virus sera la plus élevée: aires de déjections, collectivités d'animaux (élevages, refuges, chenils..).

Les espèces sensibles

Le parvovirus du chien n'est pas transmissible à l'homme. II affecte exclusivement les canidés: chien et canidés sauvages (loup, renard, coyote...). Et, bien que proche du parvovirus félin, il ne se transmet pas au chat.

Les animaux particulièrement exposés

L'élément qui détermine la réceptivité d'un animal est son niveau de défense immunitaire. Depuis l'apparition de la parvovirose, une grande partie de la population canine a été vaccinée ou s'est trouvée naturellement immunisée après contact avec le virus naturel : c'est pourquoi la maladie affecte de moins en moins souvent les chiens adultes. Les mères transmettent leurs anticorps aux chiots par le colostrum: cette protection commence à diminuer à partir de six semaines tout en empêchant partiellement la réponse au vaccin, et ce pendant un délai qui dépend directement du niveau d'immunité de la mère. Les animaux les plus exposés au parvovirus seront. par conséquent les chiots qui n'ont pas reçu suffisamment de colostrum et ceux qui arrivent en période critique (de la chute de leurs anticorps vers l'âge de six à dix semaines, jusqu'à l'acquisition d'un niveau de protection suffisant par la vaccination, entre quatre et six mois).

Plusieurs facteurs favorisant la sensibilité au parvovirus ont été identifiés:

  • l'âge: plus le chiot est jeune, plus la maladie est sévère;
  • la vitesse de croissance : plus le chiot se développe vite, plus tôt il perd ses anticorps;
  • le parasitisme intestinal, qui aggrave les symptômes digestifs;
  • la race: les chiens de race sont plus exposés que les croisés, et certaines races semblent plus sensibles, comme le Dobermann et le Rottweiler.

L'animal contagieux

Le chien infecté élimine le virus dans ses selles dès le troisième ou quatrième jour après sa contamination :ce qui correspond à la fin le l'incubation), et l'excrétion se poursuit pendant quatre à six jours. Il semble par ailleurs que le virus puisse résister très longtemps sur le pelage. Un animaI apparemment sain peut donc introduire le virus dans un effectif, soit parce qu'il se trouve en fin d'incubation et élimine déjà le virus, soit parce qu'il le transporte de façon passive.

La durée d'incubation

L'incubation dure peu de temps, trois à cinq jours en moyenne. Elle correspond à la phase d'entrée et de multiplication silencieuse du virus dans les amygdales, puis à sa dissémination dans le sang, qui l'achemine jusqu'à l'intestin (colonisation directe de l'intestin par le virus ingéré se fait dans une moindre mesure).

Le déroulement de la maladie

Il se caractérise souvent par sa rapidité et son intensité. La gastro-entérite, qui résulte de l'érosion de la muqueuse intestinale, est en général hémorragique et entraîne une déshydratation importante. Le virus provoque également une chute du taux de globules blancs, donc des défenses immunitaires de l'animal (cette "leucopénie" est également rencontrée dans le typhus du chat). Dépourvus de réserves d'eau et de cellules de défense, les très jeunes animaux accusent le plus fort taux de mortalité. A son apparition, la maladie évoluait toujours sur ce mode foudroyant: aujourd'hui, en raison de l'immunité plus ou moins importante des animaux, certains chiots peuvent présenter des formes très atténuées guérissant facilement. La guérison, quand elle survient, est rapide (moins de cinq jours) et favorisée par la mise en place d'un traitement précoce. Sur un animal à risque, il est jonc très important de motiver la consultation dès les premiers symptômes, le principal signe d'alerte étant l'abattement très marqué qui accompagne les premiers vomissements.

Les complications

Celles et ceux qui ont pu observer les premiers cas de parvovirose se souviennent certainement de l'atteinte cardiaque précoce qui pouvait emporter les chiots en quelques heures, parfois même avant que les troubles digestifs n'apparaissent.
Aujourd'hui, tous les chiots recevant les anticorps maternels sont protégés de cette redoutable complication. Les principales séquelles qui peuvent être observées sont digestives:si la muqueuse intestinale est très attaquée, une insuffisance digestive chronique peut persister après la guérison.

Une maladie redoutable

Bien qu'elle n'évolue plus sur un mode épidémique, la parvovirose est une préoccupation majeure dans les élevages car les portées de chiots constituent sa cible privilégiée. Sa gravité tient à la fois:

- à sa forte contagiosité ;
- à son taux de mortalité élevé chez les plus jeunes animaux jusqu'à plus de 50 %).

Une maladie réglementée

La parvovirose est classée "vice rédhibitoire". L'acheteur peut donc exercer un recours vers le vendeur si le chien qu'il vient d'acquérir déclare cette maladie, sous réserve:

  • que la parvovirose ait été suspectée par un vétérinaire dans le délai maximal de cinq jours à dater de la livraison de l'animal et qu'un certificat détaillé ait été rédigé;
  • que des examens complémentaires soient réalisés: mise en évidence du virus dans un échantillon de selles, recherche des anticorps spécifiques dans le sérum Cà partir du cinquième jour après infection), recherche des lésions caractéristiques à l'autopsie...

Cette réglementation est l'occasion de souligner une fois de plus l'importance de la visite d'achat: le délai de garantie très court justifie de recommander à tout acheteur de faire réaliser cette visite au plus tard le cinquième jour après la livraison.

Le traitement

Comme pour toute maladie virale, aucun traitement spécifique n'est actuellement disponible. L'objectif du praticien sera de soutenlir l'animal durant la phase clinique en luttant surtout contre la déshydratation et en prévenant les surinfections bactériennes.

La prévention médicale

Le seul outil efficace est la vaccination. Les vaccins anti-parvovirose contiennent le virus vivant modifié, ce qui leur confère un très fort pouvoir immunogène. Cependant; le problème de la période critique reste entier: entre la sixième et la quinzième semaine de vie, les chiots perdent progressivement leurs anticorps maternels. Mais, alors qu'ils n'en ont plus assez pour être protégés contre le parvovirus, ils en ont encore trop pour être vaccinés de façon efficace, le vaccin étant partiellement inactivé.
Les laboratoires ont tenté d'améliorer les performances des vaccins en augmentant les titres en virus et en utilisant des souches sélectionnées pour être très immunogènes, afin de limiter au maximum l'interférence avec les anticorps maternels.
Cependant, aucune solution définitive n'a été trouvée. Pour les élevages infectés, la solution consiste toujours à couvrir au maximum la période à risques en démarrant la vaccination très tôt, dès la cinquième ou sixième semaine, et en répétant les injections toutes les une à deux semaines jusqu'à l'âge de douze semaines au moins. La fréquence des injections sera déterminée par le praticien en ajustant au mieux le rapport entre la couverture du risque et le coût de la vaccination. Pour les chiots de particuliers, moins exposés au risque infectieux, le protocole est plus simple: deux injections de primovaccination à trois ou quatre semaines d'intervalle, la seconde devant avoir lieu à l'âge de trois mois. Rappe lons que pour les animaux qui recevraient leur primovaccinationà trois mois ou plus, une seule injection est nécessaire. Par la suite, un rappel un an après puis tous les deux ans suffit pour entretenir l'immunité à un haut niveau (en élevage, il est toutefois plus prudent de vacciner les reproducteurs chaque année).
En raison de la présence du virus vivant, le vaccin est à éviter chez la chienne gestante. Il est par ailleurs inutile de vacciner un animaI qui a guéri de la parvovirose durant les deux années qui suivent, en raison de son taux élevé d'anticorps.

La prévention sanitaire

Il est recommandé de désinfecter soigneusement les locaux et le matériel ayant pu être au contact d'un animal contagieux. Le virus étant très résistant, il convient d'utiliser de l'eau de Javel ou des désinfectants virucides dont l'activité sur le parvovirus est spécifiée. A la clinique, on veillera à isoler les animaux atteints de parvovirose et à les traiter en dernier, en ayant constamment en mémoire le fait que le virus actif peut §tre facilement véhiculé par es chaussures et les vêtenents. la quarantaine est recommandée lors de l'introduction d'un nouvel animal dans un effectif: quelques jours suffisent pour observer l'apparition des symptômes si l'animal était en incubation. Mais elle ne résout pas le problème du transport passif du virus (sur le pelage). Enfin, on conseillera comme toujours au propriétaire d'un chiot en cours de vaccination d'éviter les lieux fréquentés par d'autres chiens ainsi que le contact direct avec ses congénères, jusqu'à ce que le protocole de primovaccination soit achevé. Si la parvovirose ne provoque plus d'épidémies foudroyantes, c'est en grande partie grâce à la vaccination systématique des chiens et à la grande efficacité des vaccins. Il est indispensable que cette stratégie se poursuive avec la sensibilisation de la clientèle sur la vaccination, et qu'elle s'adapte au problème particulier des éleveurs, auxquels le vétérinaire peut apporter un conseil de qualité.

Michèle Colin

Les différentes phases de la parvovirose canine

1. Signes d'appel (1er jour)

  • En fin d'incubation, l'animal refuse de s'alimenter; il est très abattu, voire prostré.
  • Il peut présenter des vomissements.
  • Il peut avoir de la fièvre (ce symptôme est plus fréquent chez les chiots).

2. Déroulement de la phase clinique (1 à 5 jours)

  • 12 à 24 heures après le début des vomissements, apparition d'une diarrhée souvent hémorragique (selles jaunâtres, puis contenant du sang en plus ou moins grande quantité).
  • Déshydratation très rapide (surtout chez les chiots).
  • Anémie possible (pâleur des muqueuses).

3. Evolution possible (en quelques jours)

  • Forme suraiguë (chiots sans défense immunitaire) : la mort survient en 1 ou 2 jours par état de choc.
  • Forme aiguë: soit la mort survient au bout de 5 jours environ par déshydratation ou complications infectieuses, soit l'animal passe ce cap et la guérison est alors rapide.